Progresser en groupe-projet

Un précédent article (« Outils de communication pour un groupe-projet ») énumérait des modes fructueux de circulation de la parole entre égaux lors des réunions (« la parole protégée », « les doubles tours de table, initiaux et finaux », « la répartition équitable du temps de parole », et « la minute de silence »).

[On peut les compléter par des suggestions pratiques :
– je ne parle pas « pour parler » ou pour me faire plaisir,
– je ne répète pas ce qui a été dit,
– je m’adresse à toute l’assemblée, et non à une personne particulière.

La concentration requise pour communiquer aussi inhabituellement et intensément est à mettre en rapport avec le but recherché : construire collectivement un (autre) projet de vie. ]

Sur cette base, étudions comment éviter la « réunionite » et faire de ces indispensables moments à passer ensemble autant d’étapes vers la réussite (pour un groupe-projet d’habitat groupé).

1. Pratiquer le consensus.
On peut définir le consensus comme un accord de tous obtenu sans vote.
[Il se distingue de « l’opinion collective », opinion supposée d’une personne morale imaginaire (« l’opinion publique », les Français, etc.)]

Mais quel intérêt à se passer de cette conquête démocratique qu’est le vote (et qui est même devenu le symbole de la démocratie moderne) ?
Parce que voter (« à main levée » ou « à bulletin secret ») est utile pour se choisir des gouvernants et des représentants, pas pour prendre des décisions qui conviennent à tous.
Par le vote, une majorité gagne pendant qu’une minorité perd et doit se soumettre.

Le consensus désamorce ce principe compétitif au profit du coopératif.
Il valorise l’intelligence collective, la créativité, la négociation et le compromis.

Il ne nie pas les divergences d’opinions ou d’intérêts mais propose de les dépasser pour atteindre des décisions acceptables pour chacun.
Il requiert de la bonne volonté, des efforts intellectuels, et de l’implication participative.

Il est « cumulatif » : lorsque qu’un accord et une décision sont pris, ils doivent être appliqués sans être remis en question.

2. Rôle des « réunions plénières » (c’est-à-dire celles qui réunissent tous les participants) :
– se connaître en se parlant et en s’écoutant,
– s’échanger des informations,
– définir un projet commun et identifier les points de désaccord,
– prendre des décisions et organiser la vie du groupe.

3. Rôle des « ateliers de travail » (ou « commissions ») :
– « travailler » comme son nom l’indique, c’est-à-dire déchiffrer, apprivoiser et s’approprier les éléments les nombreux composants d’un ensemble complexe comme celui d’un projet d’habitat groupé (les structures juridiques, les contraintes réglementaires, les techniques de construction, le « vivre ensemble », etc.),
– et tout ceci pour l’ensemble du groupe, ce qui veut dire une capacité à synthétiser et à communiquer ensuite le savoir obtenu.
Les « sous-groupes » ne prennent donc pas de décisions pour le groupe : ils lui en proposent un choix sur lequel se prononcera la « plénière ».
Les participants au groupe peuvent s’impliquer dans un ou plusieurs « ateliers », et en changer librement.

4. Des « rôles » à tenir pour conduire les réunions.
– un (ou des !) secrétaire(s) de séance (pour écrire un compte-rendu de la réunion),
– un(e) gardien(ne) du temps (pour faire respecter les durées convenues, pour les prises de paroles, et pour les sujets à l’ordre du jour),
– un(e) distributeur/trice de parole (pour veiller à sa bonne circulation),
–  etc. (« facilitateur », « script », « scruteur »…) !

5. « L’autogestion » comme cadre de référence pour un groupe-projet d’égaux :
– pas de « dirigeants » ni de « dirigés »,
– tous responsables et « acteurs »,
– transparence et légitimité des décisions,
– réappropriation de sa capacité à agir librement.

6. Limites de ces préconisations.
Toutes ces belles recommandations – même puisées aux meilleures sources : voir leur liste en fin d’article – ne se suffisent pas à elles-mêmes.
Leur application nécessite :

a) une (ou des) personnes capables de les assimiler, et de les proposer sans les imposer.
Et cela ne va pas de soi dans un groupe à vocation égalitaire où ni les personnes ni les arguments n’ont à se prévaloir d’aucune autorité.
En effet pourquoi adopter telle règle, et de telle personne, plutôt que d’autres, et d’une autre personne ?

b) des personnes suffisamment confiantes et ouvertes pour en accepter l’essai et « jouer le jeu ».
c) un groupe existant avec des éléments stables qui s’impliquent et s’installent dans la durée.

d) et un projet adapté au groupe : assez attractif pour en motiver les personnes, et qui reste réaliste pour ne pas les décourager.

Tout ceci étant réuni, la réussite du projet dépend aussi d’autres facteurs :
– complémentarité des richesses humaines et matérielles du groupe,
– faibles tracasseries administratives, financières et juridiques (!),
– insertion dans des réseaux d’aides,
– etc. !

En hommage au Néerlandais  Gerard Endenburg, l’inventeur de la « sociocratie », une citation historique du XVIe siècle en conclusion : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » (!)
[elle est attribuée au polyglotte francophone  Guillaume de Nassau, Prince d’Orange, initiateur de l’émancipation des Pays-Bas et fondateur de la civilisation néerlandaise.
Opposant de l’absolutisme, et partisan des libertés religieuses, il meurt assassiné par un fanatique ! ]

François Taveau

Sources :

– des associations,  organisations et  groupes relatifs à l’habitat groupé (« H’Nord » de Bordeaux, « Habicoop » de Lyon, « Habiter Autrement » de Besançon, et  « Passerelle Eco »)

– des articles de l’encyclopédie collaborative sur internet,  Wikipédia (« Autogestion », « Consensus », « Intelligence collective », « Résolution de conflit » et « Réappropriation ») .

[sujets proches mais pas abordés dans cet article :  le « bâton de parole »,  le « cercle de parole »,  « l’élection sans candidat »,  la « communication non-violente », et la « sociocratie »]

Prochaines réunions d’information d »Anjou Eco-Hameaux » [« AEH 49 »] :

Le 3eme jeudi de chaque mois (sauf juillet – août), soient les 16 février, 15 mars  et 19 avri l 2012.
Le jeudi 17 mai étant celui de l’Ascension, et le jeudi 21 juin, celui de la fête de la musique, la date de réunion est transférée aux jeudis d’avant,  soient les jeudis 10 mai et 14 juin.

Où  ça ?!

à 20h30, chez Habitat Différent [http://habitat.different.free.fr/quoi.htm#hab], à Angers, au 21 rue de La Côte de Bellevue, quartier du Lac de Maine, à l’ouest du plan d’eau.

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Outils de communication pour un groupe-projet

Pour être plus  efficace en groupe, on peut essayer d’employer en réunion certaines techniques de communication.
Elles ont fait leurs preuves lors de réunions de « groupe-projets » car en l’absence de règle explicite c’est celle implicite de la PAROLE ACCAPAREE par une minorité qui s’impose « naturellement et librement ».

Pendant ce temps, certain(e)s  » n’en pense(nt) pas moins », « trouvent à y redire » mais n’ont pas l’espace et le temps pour s’exprimer, et… »s’écrasent » !
Que ces derniers se retirent ensuite sans explication d’un projet où AUCUNE PLACE ne leur est faîte, est donc tout à fait normal.

Liste de règles (non exhaustive !) :
1) la « PAROLE PROTEGEE » : c’est la base d’une bonne communication.

On n’interrompt pas la personne qui parle, et on respecte même ces temps de silence en attendant qu’elle-même dise que son intervention est terminée.
On signifie son désir de parler par un geste seulement (on lève la main !).
L’intérêt : une qualité de parole « supérieure à la moyenne » parce que « réfléchie », et idéalement mûrie par une certaine intériorité. C’est le strict contraire du bavardage, de la digression, du commentaire « à tout bout de champ » [incessant] et de la « répartie du tac au tac ».

2) le « DOUBLE TOUR DE TABLE INITIAL » : au tout début de la réunion,  à tour de rôle, chacun dit ce qu’il veut pendant quelques minutes, sans aucun commentaire des autres.
On refait un 2eme tour de table en réagissant éventuellement à ce qui a été dit (par les autres) et pour re-préciser ses propres paroles initiales.

3) la « REPARTITION EQUITABLE DU TEMPS DE PAROLE » suivant un calcul arithmétique tout bête : on divise le temps imparti (pour une réunion de 2 ou 3 heures) par le nombre de personnes présentes.

Trois heures à 3 personnes donnent  « un droit à une heure » par personne. Une réunion de 2 heures à 12 personnes, donne un « droit à 10 minutes » par personnes,  et 2 heures à 24 personnes, c’est 5 minutes chacun !

4)  « La MINUTE de SILENCE » : permet un « recentrage » sur soi, et de « calmer le jeu » quand la discussion et les esprits s’échauffent !
A mettre en pratique immédiatement sur la simple demande d’une seule personne. »

5) « Le MOT de DEPART » : quelque soit l’heure à laquelle on part – au milieu ou avant la fin de la réunion ! -, on s’exprime une dernière fois (souvent pour un petit bilan, pour soi-même et pour les autres).

Il est bien sûr possible d’ être « fructueux en réunion » sans suivre à la lettre ces recommandations.
Elles n’en gardent pas moins leur intérêt : chacun a toute légitimité à les évoquer, à tout moment, en cas de transgressions devenues pénibles à la longue.

Ces règles ont deux sources majeures :

a) l’expérience vécue de quantités de réunions qui appliquaient « par défaut » celle implicite de « l’absence de règle »…où les « dominants » dominaient à leur habitude !

b) les résultats de recherches passées dans le domaine de la communication.  Deux grandes « écoles » sont particulièrement à signaler :

Celle de la « Communication Non-Violente » (dite « CNV ») :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Communication_non-violente_%28Rosenberg%29

Et celle de la « sociocratie » :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociocratie

Pour un public plus élargi, quelqu’un comme Jacques Salomé a triomphé éditorialement (60 livres en 2 décennies !) et professionnellement (80 000 personnes accueillies dans ses stages),  en médiatisant l’importance de l’apprentissage d’une communication non toxique entre êtres humains, facteur d’une meilleure relation aux autres, et porteuse d’un chemin d’épanouissement pour soi-même.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Salom%C3%A9

A bientôt !

FT

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