Appel pour le soutien aux initiatives d’habitat coopératif (par Habicoop et la Fondation Abbé Pierre)

(Paru dans la revue « Urbanisme » de septembre-octobre 2011)

La crise du logement est devenue massive en France, elle touche maintenant plus de 10 millions de personnes, selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, les plus affectées étant évidemment celles qui se trouvent totalement privées de logement ou très mal logées, soit plus de 3,6 millions de personnes. Cette crise frappe de plus en plus les classes moyennes, tant pour la location que pour l’accession à la propriété. Le coût du logement a augmenté de 107 % en dix ans tandis que les revenus ne croissaient que de 17 %. Sur un même stock de logements identifiés, le montant des loyers a enregistré une hausse de 47 % au fil des relocations. Et les accédants à la propriété doivent y consacrer près de 43 % de leurs revenus, alors que les banques considèrent que la limite supérieure d’endettement pour l’octroi d’un prêt est de 33 %. Ces quelques éléments suffisent à montrer l’échec ou l’inefficacité des politiques publiques qui se sont succédées depuis des décennies en matière de logement. Certaines ont même pu contribuer à l’aggravation de la crise, en stimulant une production de logements plus orientée vers l’offre de mesures de défiscalisation que vers la réponse aux besoins effectifs de la population. En cinq ans, la défiscalisation a représenté l’équivalent de dix ans de politique de logement. De façon plus générale, nous assistons à une financiarisation du logement et de la ville, qui a pour principal moteur la spéculation foncière et immobilière.

Certes, dans une conjoncture internationale difficile, les marges de manœuvre sont limitées, il serait donc temps que les décideurs locaux et nationaux reconnaissent que le système administré est dans une impasse. Il est urgent de repenser le logement au-delà de la seule alternative location / propriété individuelle. Ils y sont invités par de multiples initiatives de groupes de citoyens et d’associations prêts à expérimenter d’autres formes d’habitat, pour peu que soit créé un cadre juridique sécurisant ces projets et encadrant les politiques publiques les soutenant. Ces initiatives partent du constat que l’accession à la propriété individuelle pour échapper à la location à fonds perdus est une perspective de plus en plus inaccessible. La sécurité individuelle peut aussi passer par des solutions collectives. Celles-ci prennent des formes multiples : habitat en auto-promotion, coopératives d’habitation, habitat coopératif diffus et divers projets d’habitat groupé participatif. Ces différentes formes partagent un certain nombre de préoccupations concernant les ravages de la spéculation, la place des habitants dans la décision et la gestion, et l’importance de la solidarité. Le modèle coopératif existe depuis de nombreuses années dans beaucoup de pays voisins comme la Suisse, l’Allemagne ou les pays scandinaves, mais aussi ailleurs, en Amérique du Nord ou du Sud. Ce modèle a d’ailleurs fonctionné en France au cours du XXe siècle, jusqu’en 1971 où Albin Chalandon l’a aboli, après avoir initié en 1969 le « Concours international de la maison individuelle ». Ce modèle est fondé sur un rapport original à la propriété. La coopérative est propriétaire des logements qu’elle loue à ses coopérateurs en échange d’un loyer et d’achat de parts sociales. Les habitants sont donc propriétaires collectivement du bien, mais locataires individuellement. Ce système permet de sortir durablement un bien de la spéculation : la valeur des parts sociales, encadrée, est déconnectée de la valeur du bien ; si l’immeuble est revendu, la plus-value ne peut pas être distribuée entre les associés. La coopérative propose un autre rapport au patrimoine : la fonction de résider et l’intérêt collectif priment sur l’investissement immobilier et l’enrichissement financier individuel. La coopérative repose également sur les valeurs d’équité, de transparence dans la gestion et de participation de chacun aux décisions. La démocratie s’y applique selon le principe « une personne = une voix », quel que soit le nombre de parts sociales détenues. Si l’on pousse le modèle non spéculatif plus loin, on pourrait envisager un démembrement de la propriété, en distinguant le droit de propriété du foncier, celui du bâti et le droit d’usage. Ainsi l’habitat coopératif prendrait un caractère d’intérêt général qui justifierait un soutien plus accru des collectivités, car l’habitat serait considéré non comme une rente, mais comme un droit d’usage où le sol, voire le bâti, resteraient la propriété de la collectivité (ce qui est régi en France par les articles L 451-1 à L 451-12 du Code rural et de la pêche maritime sous le terme de bail emphytéotique, ou dans d’autres pays sur le modèle des Community Lands Trusts). L’habitat coopératif est participatif s’il associe les habitants à la conception et à la gestion de leur habitat. En pratique, les habitants peuvent choisir de diminuer leur espace privatif, et de mutualiser des espaces communs tels que chambres d’amis, salles de jeux pour les enfants, buanderies, ateliers, de manière à bénéficier d’équipements plus performants et à optimiser l’utilisation de l’espace. Cette participation peut guider les révolutions architecturales nécessaires pour tenir compte de la diversification des modes de vie, des recompositions familiales, de la lutte contre l’isolement, des adaptations de l’habitat au télétravail et à la dépendance de résidents vieillissant. De tels habitats répondent également aux enjeux urbanistiques de densification urbaine, de lutte contre l’étalement, d’inscription de l’habitat dans la vie et les activités des territoires (vie de quartier, de village, d’agglomération…), de promotion des transports en commun… La multiplication des coopératives d’habitation contribuerait activement à l’émergence d’un habitat accessible à tous, créateur de lien social et ouvert sur le quartier, véritable laboratoire d’écologie sociale. Un partenariat avec des bailleurs sociaux renforcerait et garantirait cette dimension sociale.

Tout cela existe, mais à l’étranger ! Ainsi, l’habitat coopératif a souvent précédé les éco-quartiers comme le quartier Vauban de Freiburg, ou le quartier Eva-Lanxmeer aux Pays-Bas. Sous la pression de groupes et d’associations, la question de la reconnaissance de l’habitat coopératif a déjà fait l’objet de propositions de loi ou d’amendements qui n’ont pas abouti. Depuis 2009, plusieurs parlementaires posent régulièrement des questions écrites au Gouvernement, sans réponse satisfaisante. D’ores et déjà, une première coopérative d’habitants a vu le jour à Villeurbanne, le Village Vertical, avec le partenariat d’un bailleur social et des collectivités locales. Mais son statut est précaire et ne permettra ni une large diffusion ni une durabilité de ce concept. Les formes juridiques tout comme les mécanismes de financement prévus par le législateur sont pensées pour permettre soit la location, soit la propriété individuelle, mais rien n’est envisagé concernant la propriété collective d’un bien immobilier à vocation de résidence principale. Aussi lançons-nous cet appel pour qu’un statut propre à ce troisième type d’habitat soit établi, afin que puissent s’engager dans cette voie tous ceux qui le souhaitent (habitants et collectivités publiques), tout en leur apportant la sécurité juridique requise et en reconnaissant le caractère d’intérêt général de telles initiatives.

Signataires : Fondation Abbé Pierre, Habicoop, Claude Alphandéry (président du CNIAE), Genviève Azam (maître de conférence en économie et chercheuse), Patrick Bouchain (architecte), Pierre Calame (président de la Fondation Charles Léopold Mayer), Roland Castro (architecte et urbaniste), Sylvette Denefle (professeure de sociologie), Dominique Gauzin-Muller (architecte), Françoise-Hélène Jourda (architecte), Marie-Noëlle Lienemann (présidente de la FNSCHLM), Philippe Madec (architecte et urbaniste), Pierre Mansat (Adjoint au Maire de Paris chargé de Paris Métropole), Olivier Mongin (écrivain et directeur de la revue Esprit), Edgar Morin (sociologue et philosophe), Jacques Prades (maître de conférence et président de Cerises), Vincent Renard (économiste, directeur de recherche au CNRS et conseiller à la direction de l’IDDRI), Max Rousseau (doctorant en sciences politiques), Bernard Stiegler (philosophe), Frédéric Tiberghien (ancien délégué interministériel à l’économie sociale), Patrick Viveret (philosophe), Chris Younes (philosophe) .

Pour relayer l’appel (et signer la pétition) :
http://www.habicoop.fr/spip.php?article427

http://www.habicoop.fr/spip.php?article422

Le site internet de l’association Habicoop : http://www.habicoop.fr/

Actualité des Ecovillages (au Portugal, à Tamera, été 2011)

Du 7 au 11 juillet 2011, à Tamera (Portugal),  s’est tenue la conférence annuelle internationale du réseau des écovillages européens (« GEN : Global Ecovillages Network »).

Tamera : http://www.tamera.org/index.php?id=60&L=0

GEN : http://gen.ecovillage.org/about-gen/aboutgen.html

GEN Europe : http://gen-europe.org/about-us/index.htm

Quelques Français(e)s y ont participé dont la Mancelle Brigitte Cassigneul, amie d’Anjou Eco-Hameaux (et initiatrice de son site internet). Son témoignage :

 » 1 QU’EST-CE QUE TAMERA  ? Un éco-village d’environ 200 permanents, au sud du Portugal dans les montagnes. Présentation (traduction de la 4° de couverture du livre en anglais : http://www.verlag-meiga.org/node/229) :

« Si nous voulons la paix sur terre, nous avons besoin d’avoir une idée de ce que la PAIX peut être.
En 1978, des pionniers se sont regroupés autour du psychanalyste Dieter DUHM (1942) : la théologienne Sabine LICHTENFELS (1954) et le physicien Charly Rainer EHRENPREIS (tous trois allemands). Ils voulaient créer un MODELE pour une future société où la paix serait visible et pourrait être expérimentée comme quelque chose d’aussi convaincant et de généralisable que possible.
Ceci a abouti à la création de la fondation de « Recherche pour la Paix  Tamera » au Portugal en 1995, soutenu par un réseau international. »
Ce livre en anglais fait comprendre de l’intérieur le travail et l’état d’avancement du projet qui se développe dans 3 directions :
a) la permaculture et l’eau dans le paysage,
b) la technologie solaire,
c) et l’éducation à la paix.

2 DEPUIS COMBIEN DE TEMPS CET « ÉCO-VILLAGE » EXISTE-T-IL ?
Au Portugal depuis 1995. Mais auparavant en Allemagne … On a mis 3 ans à remplir le grand lac … (17 m de profondeur par endroits, d’autres sont en création). On peut se baigner dans le petit lac, je l’ai fait tous les jours.
Sur un terrain de 134 ha, couvert de chênes lièges, poussent des  citronniers, des oliviers, des buissons de ronces, des chardons, un jardin potager, une petite plantation d’orangers, de l’aubépine, et des cognassiers (arbres à coings). Au printemps, une flore variée émerge dans les clairières et les prairies.  Trois sources abondantes, nombre de fontaines, de puits naturels et de veines d’eaux souterraines alimentent le lieu en eau.

De nombreux bâtiments : une partie « campus » avec un bar, une cuisine et un restaurant, une boutique, une salle de travail avec connexion WIFI, un grand bâtiment qui a des salles de réunions en bas, et 4 dortoirs de 20 couchages en haut, une grande salle de conférence (AULA) de 300 places avec technologie permettant des traductions simultanées + une maison moderne avec chambres d’hôtes), une aire de camping et quelques maisons organisées en mini-hameaux.

3 QUELLES SONT VOS IMPRESSIONS ?
Pour moi, sensible à l’environnement depuis toujours et qui ait une longue expérience de la colocation, TAMERA est un véritable « Atelier d’Avenir » … J’ai passé 4 jours pour la conférence européenne G.E.N.. C’est « le paradis sur terre » : personne n’est stressé, un grand respect envers toutes les personnes. On se sent en confiance (tout le monde laissait son sac, ses affaires, son ordi (j’ai perdu mon sac 15h et je l’ai retrouvé au même endroit avec mon tél portable, mes papiers et mon argent).
La bonne organisation (repas à heures fixes), la parfaite gestion des personnes qui travaillent et une très grande tolérance font un heureux mélange. Je pourrai en parler pendant des heures… »

Nous étions une dizaine de français dont 3 du grand Ouest et je propose un « retour d’expérience » le premier week-end de Septembre. Me contacter :
Brigitte.Cassigneul@gmail.com et 06 37 33 43 71

En complément : http://www.habitats-differents.net/?p=700

http://www.habitats-differents.net/?page_id=728

http://www.habitats-differents.net/?p=739

Pour des Habitats Solaires Positifs ! (par Sylvain Houpert)

 

Après les bâtiments passifs (Bépas), en route pour les bâtiments à énergie positive (Bépos)…

Pourquoi le solaire plutôt qu’une autre énergie renouvelable ?

D’une part, parce que le solaire passif est, comme son nom l’indique, totalement gratuit !
En effet, à coût de construction identique, une maison bien orientée sud et sans masque solaire sera toujours plus écologique qu’une autre. Par exemple, entre une maison A, orientée sud et une maison B, mal orientée ouest, il peut y avoir un facteur 4 de consommation d’énergie entre le chauffage solaire ou non en hiver et la climatisation électrique ou non en été.

Une habitation peut être totalement passive (sans chauffage conventionnel) si elle est bien orientée, sans masque solaire et bien isolée (équivalent de0,2 à 0,3 m d’épaisseur d’isolant).

D’autre part, parce que le solaire actif (thermique et photovoltaïque) permet d’éviter des émissions de CO2 et de déchets nucléaires puisqu’il évite la consommation d’énergies fossiles et polluantes, thermiques et électriques.

On peut rappeler que le solaire rembourse son énergie grise (fabrication et transport) en seulement 3 ans de production maximum, y compris pour le photovoltaïque chinois (seulement 24 % des ventes en France selon Le Journal des Energies Renouvelables de février 2011), alors qu’il produit après, durant encore 20 ou 30 ans, en faisant économiser de l’énergie et du CO2 à la planète et de l’argent aux particuliers équipés.

Evidemment d’autres Energies Renouvelables (EnR) utilisables dans les habitats permettent de produire plus que les consommations de ces habitats (Bépos) : l’hydraulique (mais il faut un cours d’eau) et l’éolien.

Or, en ville, ces 2 dernières EnR sont difficilement apprivoisables. Le solaire semble donc très prometteur en ville. A la campagne, toutes les EnR sont potentiellement disponibles, particulièrement l’éolien et le solaire, très complémentaires durant l’année : plus de soleil en été qu’en hiver et plus de vent en hiver, y compris la nuit, qu’en été.

D’ailleurs, les villes sont actuellement quasiment totalement sous perfusion de la campagne pour 3 grands domaines : la nourriture, les matières premières et l’énergie !
Construire des écohameaux à la campagne est donc aussi une des solutions d’écoquartiers intelligents ! Comme le maraîchage et l’élevage seront toujours d’avenir, et les matériaux écologiques toujours extraits de nos champs, forêts et sols même dans des siècles, il y aura donc toujours, et de plus en plus, d’emplois à la campagne.

De plus, ces millions de personnes qui travaillent et habitent à la campagne génèrent aussi indirectement d’autres emplois comme des médecins, enseignants, boulangers, mécaniciens, etc.

Ceci ne veut pas dire que les villes n’ont rien compris à l’écologie. Mais pour être positives d’un point de vue écologique elles doivent au moins inverser la tendance sur la partie production d’énergie via des constructions à énergie positive : production via des quartiers
intelligents où les bâtiments ne se font pas d’ombre entre eux (calcul des « enveloppes solaires » des lieux, avant conception), etc*.

Alors pourquoi produire plus ? Pour son voisin qui n’a pas de soleil, par exemple. Ou bien, pour recharger une voiture électrique qui sera du coup, vraiment écologique, etc.

Pour finir, puisque le sujet de cet article est la construction écologique, parlons budget.
Entre un logement écologique en ville de 100 m² à 3 000 € TTC/m² habitable (dont terrain) et une maison écologique à la campagne de même surface à 2 000 € TTC/m² habitable (dont terrain) il y a donc une différence de 100 000 euros, tout de même.

Avec un cinquième ou un dixième de cette somme, vous avez de quoi acheter une voiture électrique neuve ou d’occasion, et vous abonner à Enercoop (www.enercoop.fr) où le plein d’énergie vous coûtera 2 ou 3 €/100 km au lieu de 7 à 10 €/100 km en carburant conventionnel actuel. Pour une fois l’écologie est 3 fois moins chère que le non écologique !

Avec ces 100 000 euros, vous pouvez aussi tout simplement arrêter de travailler pendant 10 ou 20 ans et donc ne pas acheter de voiture…

La question n’est donc pas de choisir entre habiter en campagne ou en ville, mais bien d’arrêter de regarder les solutions toutes faites, pour changer de modèle et inventer l’avenir.

(article paru dans les « Echos d’ALISEE » n°35 – Juin 2011 )

Sylvain HOUPERT
Administrateur Alisée et Architecte

 

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