Le mal-logement : une situation endémique qui s’aggrave

Devinette : qu’est-ce qui a doublé en 10 ans ?
Réponse : le prix de l’immobilier et le nombre de foyers surendettés (près du million).

Citation : »La crise du logement a atteint un degré de gravité d’une grande indignité !
Le contexte économico-financier ayant encore aggravé les conséquences du mal-logement, les publics touchés sont de plus en plus nombreux et divers.
Le logement n’est plus un problème marginal, il est devenu réel problème de société »
(La Fondation Abbé Pierre, campagne « Carton rouge au mal-logement », 2010-2011)

1. Le mal-logement : une situation endémique qui s’aggrave.

Au début 2011, le 16eme rapport annuel de cette même Fondation Abbé Pierre sur « L’Etat du mal-logement en France » enfonce le clou :
– il y a en France actuellement plus de 130 000 personnes Sans Domicile Fixe [dites « SDF »], et plus de 680 000 sans domicile personnel.
– Cela donne plus de 3 millions de personnes qui sont non ou très mal logées (en centre d’hébergement d’urgence, en « habitations de fortune » [!], en chambre d’hôtel, en chambre meublé, chez des parents ou des tiers, en des logements privés de confort, en précarité énergétique ou surpeuplés, etc.),
– Auxquelles on peut ajouter plus de 5 millions de personnes en situation de réelle fragilité de logement (en copropriété en difficulté, en impayés locatifs, etc.),
– On arrive au chiffre de près de 10 millions de personnes qui sont concernées par le mal-logement.

Avec la crise financière et économique et l’augmentation rapide du coût de l’énergie et des matière premières, la crise du logement prend une dimension inaccoutumée :
– la situation des plus vulnérables se dégrade et un nombre grandissant de ménages basculent dans la précarité,
– les revenus des ménages modestes stagnent ou baissent,
– en plus des catégories populaires, les classes moyennes sont affectées,
– pendant que la production de logements reste insuffisante (il en manque un million), et qu’elle est devenue inaccessible aux plus modestes,
– tout ceci associé à une augmentation considérable du coût des logements et de leurs charges (la part du logement dans le budget des ménages a augmentée de 20% en 30 ans, et les ménages pauvres y laissent près de 50 % de leurs ressources).

Mars 2011

Diagnostic de non-performance politique.

On peut même parler d' »échec des politiques du logements » (Alternatives économiques, février 2011) :
– dix ans après, presque la moitié des centaines de communes concernées n’appliquent pas la loi de Solidarité et de Renouvellement Urbain [loi « SRU »] qui consiste en une obligation de construction de logements sociaux,
– Inefficacité de la loi du Droit Au Logement Opposable [loi « DALO »] de 2007 – qui devait permettre à tous d’être logés dignement-.
– Plus d’un million de ménages sont donc attente d’un logement social – dont le financement vient de se voir réduit par centaines de millions -.
– Pendant que la promesse de l’accession à la propriété pour tous n’est qu’un rêve qui s’éloigne pour des millions de Français (les ménages pauvres sont moins propriétaires qu’il y a 10 ans),
– Inexistence (après « effet d’annonce » largement relayé par l »ensemble des médias), des « maisons à 100 000 euros » annoncées en 2005, du « Plan Marshall pour les banlieues » de 2007, et des « maisons à 15 euros par jour » de 2008.
– Et la répression de l’habitat léger et mobile.

On peut aussi en conclure qu’économiquement, le « marché libre » du logement a enrichi les riches et appauvri les pauvres.
C’est une des raisons de l’accroissement des inégalités, directe entre les propriétaires-investisseurs défiscalisés et leurs locataires aux loyers qui s’envolent (+ 40% en 10 ans alors que les prix ont augmentés de 16%).

La fracture sociale s’amplifie.

Ce triste constat (non complet, bien sûr !) étant établi, que faire ?
Le renforcer par d’autres points de vue ?
C’est possible : en témoigne le récent (et ultime !) rapport annuel du Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, ex-ministre de l’actuelle majorité, ancien président de l’Association des Maires de France pendant une décennie, et nouveau président du Conseil Economique, Social et Environnemental – « CESE » – , qui dresse le bilan d’une dégradation continue de la société française (« …En 1995, le thème politique majeur de la campagne présidentielle était la fracture sociale. Il y avait alors une résonance citoyenne entre un projet politique et la société. Les citoyens attendaient que l’on se mobilise pour réduire la fracture sociale…En quelques années on est passé d’un espoir dans un projet collectif à son abandon… »  – entretien donné début 2011 au Nouvel Observateur – ).

Avril 2011